Méditation pour les étudiants en médecine

Bonjour,

Voici un article tiré de la base de données Medscape, intitulé: “Méditation pour les étudiants en médecine : 3 questions au Dr Cloé Brami – Medscape – 9 nov 2018″.

Une initiative originale (qui je l’espère fera des émules!) avec une interview du Dr Cloé Brami, chef de clinique en oncologie à l’HEGP et doctorante au CRI (Centre de Recherche Interdisciplinaire), à l’origine de cette initiative.

Paris, France — Apprendre à méditer, c’est ce que propose cette année, gratuitement, aux étudiants en médecine de plusieurs facultés parisiennes, le Dr Cloé Brami (oncologue, HEGP). Ce programme d’une durée de 8 semaines, suivant le cycle MBSR mis au point par Jon Kabat-Zinn, (voir encadré en fin d’article), est co-animé avec Soizic Michelot (enseignante de méditation de pleine conscience). Il a démarré début novembre avec une trentaine d’externes et d’internes.

Expérimenter

Ce n’est pas la première fois que la méditation de pleine conscience (mindfulness) est proposée aux soignants, notamment pour gérer leur stress (voir le DU « Relation de soin et gestion du stress »), ni même aux étudiants en médecine. Il existe, en effet, des modules optionnels depuis plusieurs années, par exemple, à l’université de médecine de Strasbourg, à Paris 6 La Sorbonne et à Paris Descartes. Le Dr Cloé Brami est d’ailleurs responsable pédagogique de ce dernier, où l’on aborde la question de la méditation de pleine conscience dans le soin et les recherches scientifiques menées en santé et en neuroscience. En revanche, c’est la première fois que l’on permet à des étudiants en médecine d’expérimenter la méditation de pleine conscience selon un programme MBSR gratuit. En outre, les 8 séances hebdomadaires de 2 heures plus une demi-journée – le programme classique a été un peu raccourci pour s’adapter à la charge de travail des étudiants – se dérouleront dans un lieu neutre, le Centre de Recherche Interdisciplinaire (CRI), « hors les murs » de la fac de médecine ou de l’hôpital. Autre originalité du projet, sa volonté d’être inter-facultés et ouvert à tous, internes comme externes, dans l’idée que se créé une entraide intergénérationnelle (mentoring).

Attente

Répondant à une attente – non forcément verbalisée – la méditation de pleine conscience intéresse les étudiants en médecine, population à haut risque d’épuisement professionnel – un sondage réalisé par un étudiant de Paris Descartes en 2018 auprès de 400 d’entre eux a recueilli 80% de réponses favorables à son introduction au sein des études médicales en France (publication en cours).

En quoi se familiariser avec la mindfulness peut-il aider un étudiant en médecine ? Introduire la pleine conscience dans le soin peut-il participer à améliorer la relation soignant-soigné, à lutter contre le burn-out ? Nous avons interrogé le Dr Cloé Brami, chef de clinique en oncologie à l’HEGP et doctorante au CRI, à l’origine de cette initiative originale.

Medscape édition française : très concrètement, en quoi la méditation peut-elle aider les étudiants en médecine ?

Dr Cloé Brami

Dr Cloé Brami : La méditation de pleine conscience est un entrainement de l’attention dédié à être plus présent à soi et au monde. C’est une forme de méditation inspirée des traditions orientales ancestrales mais débarrassée de son contexte religieux ou spirituel. L’idée est que les étudiants et internes en médecine puissent acquérir une qualité de présence, d’attention – au sens d’être attentionné – pour eux-mêmes et pour les patients. Cela demande de l’entrainement et ce n’est pas forcément ce qu’on a appris pendant nos études. Il y a l’idée d’ouvrir sa curiosité, d’aller à la rencontre de soi-même.

En proposant de la méditation aux étudiants, il y aussi l’intention d’aller vers une médecine préventive afin de prendre soin des gens qui prendront soin. Si la méditation de pleine conscience a montré des bénéfices significatifs dans la réduction de symptômes tels que l’anxiété, la dépression, les troubles du sommeil, ici le programme n’a pas été mis en place parce que les étudiants en médecine souffrent d’une pathologie mais bien en prévention pour améliorer leur rapport au soin et le stress de leur quotidien.

En médecine, les étudiants se retrouvent confrontés brutalement et très jeunes à la souffrance, à la vieillesse et au décès, et s’y ajoute aujourd’hui la surcharge de travail. Au fil des ans, il se crée un déséquilibre. La méditation est un des outils parmi d’autres qui peut aider à reconnaitre ses propres émotions, et donc celles des autres. De façon synthétique, tout cela parle d’intelligence émotionnelle (qui est actuellement mon sujet de thèse de science au CRI en lien avec l’université Paris Descartes).

En proposant de la méditation aux étudiants, il y aussi l’intention d’aller vers une médecine préventive afin de prendre soin des gens qui prendront soin.

Medscape édition française : comment s’inscrit ce programme de méditation à destination des étudiants dans le contexte hospitalier actuel ?

Dr Cloé Brami : Ce projet est d’actualité puisqu’il s’inscrit dans la mouvance de transformations des études médicales. Plus spécifiquement, je m’associe à ceux qui souhaitent donner plus de place à la prévention en santé en y ajoutant la notion de complexité en santé. La mise en place de ce programme résulte de 10 ans d’expériences et de réflexions personnelles cherchant à créer des ponts entre notre médecine conventionnelle et les thérapies complémentaires vers une médecine plus préventive « corps, esprit et environnement ». C’est quelque chose que je porte, pour ainsi dire, depuis ma naissance puisque mon père est chirurgien, issu d’une médecine classique, et ma mère thérapeute ayurvédique [l’ayurvéda est une forme de médecine traditionnelle originaire de l’Inde, ndlr]. Ce projet s’est construit en lien avec mon expérience d’aidante, d’étudiante, d’interne et aujourd’hui de cancérologue. J’ai développé ma curiosité et tenter de comprendre ces deux mondes qui soignent différemment mais toujours avec un regard de chercheur.

Je suis jeune, mais mon quotidien de cancérologue – un domaine avec beaucoup de souffrance et où il est indispensable d’allier la technique et la relation humaine en santé – a été un terrain d’apprentissage par l’expérience. Et aussi, j’ai connu 2 expériences difficiles comme soignante une pendant mon internat et une pendant mon clinicat dans des structures différentes. A chaque fois j’étais face à ma propre souffrance, même si celle-ci n’était pas isolée mais collective. La pratique de la méditation de pleine conscience m’a aidé à prendre du recul sans me laisser envahir.

L’année dernière, j’ai réalisé que l’hôpital vit une crise non pas seulement budgétaire mais humaine et que les restructurations administratives ne suffiront pas. J’avais donc eu envie de transmettre et d’aller vers la pédagogie. On a tous notre responsabilité au quotidien, sur la façon dont on pratique la médecine et comment on lui donne du sens, et c’est là que la méditation de pleine conscience intervient. En ce sens, ce projet s’inscrit dans une démarche plus globale de transformation en profondeur du monde de la santé qui a émergé ces dernières années et implique la restructuration des études médicales mais aussi de repenser la qualité de vie à l’hôpital.

La pratique de la méditation de pleine conscience m’a aidé à prendre du recul sans me laisser envahir.

Medscape édition française : en pratique, comment avez-vous mis en place ce programme de méditation à destination des étudiants ?

Dr Cloé Brami : Ce projet est né de ma rencontre avec Vincent Dahirel, chercheur au Centre de Recherche Interdisciplinaire (CRI) et responsable du DU « Créer » qui a compris que ce programme ne consistait pas juste à proposer des cours de méditation aux étudiants, mais pouvait aussi avoir un impact sociétal. Le projet initial devait être mis en place à la faculté de médecine Paris Descartes avec la création d’un module optionnel de « pleine conscience et médecine ». J’avais présenté ce projet en amont à Emmanuelle Leclerc, déléguée générale de la Fondation Pileje très impliquée dans la promotion de la prévention en santé, qui a décidé de le soutenir financièrement. Et puis le programme optionnel à la faculté a vu le jour sans nécessité de financement puisque le cadre universitaire était déjà présent. J’ai donc saisi l’opportunité pour demander au CRI d’être garant du projet en proposant un vrai programme MBSR inter-faculté. Soizic Michelot, enseignante de pleine conscience m’a tout de suite accompagnée sur le projet.

Aujourd’hui, ce programme de méditation bénéficie donc du partenariat du Health Lab du CRI, sous la houlette de la faculté Paris Descartes (où j’ai fait mes études de médecine) et de l’appui financier de la Fondation Pileje. Dès à présent, j’espère pouvoir le pérenniser et l’amplifier.

Jon Kabat-Zinn : pionnier de l’application de la méditation de pleine conscience en médecine
Aux Etats-Unis, le Pr Jon Kabat-Zinn, un médecin biologiste, est le premier dans les années 1980 à mettre au point une méthode de réduction du stress basée sur la pleine conscience laïque (inspirée du bouddhisme). Au vu des résultats obtenus, il décide de développer et d’approfondir son expérimentation. Il crée ainsi la première clinique du stress et le programme du MBSR (Mindfulness Based Stress Réduction), qui se déroule sur 8 semaines, pour aider les patients à faire face au stress, à la douleur, et à la maladie en utilisant la conscience de l’instant présent instant après instant…
Les années 1990 voient les études scientifiques se multiplier quant à l’« utilisation » des thérapies de pleine conscience dans différentes pathologies et l’imagerie médicale apporte la confirmation neurophysiologique de leurs bienfaits.
Au cours des années 2000, la pleine conscience arrive en Europe. En France, le psychiatre  Christophe André en devient le principal instigateur, et introduit, dès 2004, la méditation à l’Hôpital Sainte-Anne à Paris. Aujourd’hui, d’autres services hospitaliers proposent cette pratique. Signalons que, parmi les mesures envisagées pour améliorer le bien-être, la feuille de route gouvernementale « Santé mentale et psychiatrie » publiée cette année, préconise de démocratiser les programmes d’interventions de renforcement des compétences psychosociales (ex : gestion du stress, régulation des émotions, gestion des conflits, etc.) et basées sur la pleine conscience.

Pour en savoir plus sur le projet de recherche et les initiatives mises en place par Cloé Brami, consulter le site et la page Facebook de « themindfulapotek » :

www.themindfulapotek-cloebrami.com/

https://www.facebook.com/themindfulapotek/