Dominique Bonneau : La Thérapeutique Manuelle vue par un Médecin

Bonjour,

Je me rends compte que je n’ai pas posté de news depuis quelques temps. J’y remédie aujourd’hui en vous transmettant avec François nos meilleurs vœux pour cette nouvelle année 2018:-)

Voici un extrait de l’interview de Dominique Bonneau (Médecin et Thérapeute Manuel) que j’ai la chance de connaitre. Je l’ai rencontré lors d’une formation (en Biomécanique Humaine et Troubles Musculo-Squelettiques) qu’il animait (malgré une grosse chaleur dans une atmosphère particulièrement agréable) au Palais des papes d’Avignon lors de l’été 2016. Sacrés Souvenirs!

Vous pourrez retrouver ici l’intégralité de cet interview.

Très bonne lecture.

Emmanuel

Dominique Bonneau est médecin mais aussi thérapeute manuel.

Pour lui, la thérapeutique manuelle n’a pas la place qu’elle mériterait dans le soin conventionnel. Car malgré des résultats souvent bénéfiques pour les patients, ces techniques sont encore rejetées, parfois en raison de certaines théories fantaisistes, alors qu’elles pourraient être utiles aux générations futures de praticiens et de patients. Parvenu aujourd’hui à l’âge de la transmission, Dominique Bonneau a souhaité laisser aux professionnels de santé un guide qui leur permette de s’investir dans ces champs thérapeutiques assez négligés, d’autant qu’aucun n’ouvrage ne traitait de ce sujet de manière aussi exhaustive.

Aujourd’hui relativement peu de professionnels de santé sont formés aux thérapies manuelles en France, Ces thérapeutiques sont donc en grande partie enseignées en dehors des facultés de médecine, des écoles de kinésithérapie ou de sages-femmes. Ainsi l’ostéopathie et la chiropraxie sont-elles exercées majoritairement par des non-professionnels de santé, sans compter la pratique plus marginale mais toujours présente des rebouteux et pas seulement dans nos campagnes et celles des praticiens de bien-être qui utilisent leurs mains pour prodiguer des soins.

Toutefois, au départ du soin, c’est bien le médecin qui pose le diagnostic médical. Bien souvent, une fois le diagnostic posé par le médecin, les patients vont s’adresser, grâce au bouche-à-oreille, aux praticiens des thérapeutiques manuelles, aujourd’hui bien médiatisées, parce que leurs techniques sont efficaces pour soulager les douleurs fonctionnelles qui altèrent la qualité de vie du quotidien. Aussi Dominique Bonneau choisit-il de parler de thérapies convergentes, puisque toutes ces techniques n’ont qu’un seul but : soigner. C’est pourquoi il semble indispensable d’établir des ponts entre ces différentes  approches qui ne se rencontraient jusque là jamais, c’est bien l’objectif de l’ouvrage « Thérapeutique Manuelle » de faire accéder les unes à la connaissance des autres pour le bien du patient

Pour réaliser cet ouvrage,  l’auteur a observé toutes les pratiques manuelles en faisant abstraction de leurs aspects théoriques parfois très discutables. Il les a ensuite abordées avec les données actuelles de la science, en évoquant notamment le rôle fondamental de la peau, encore trop négligé, voire ignoré.

La peau est un capteur majeur souvent sous-estimé, sensible au rayonnement électromagnétique, ou thermique, à la pression, à la vibration… et c’est bien au travers de la peau que l’ostéopathie, le shiatsu, la réflexologie plantaire ou la fasciathérapie agissent en premier.

Le revêtement cutané est l’interface entre le milieu extérieur et le milieu intérieur, et il est l’objet de recherches poussées alors qu’auparavant on ne se focalisait essentiellement sur les organes des sens tels que  les yeux, les oreilles, le nez et la langue. Or la peau nous sertit, nous enveloppe et c’est elle qui nous permet d’être en lien avec l’autre au niveau du toucher. C’est ce qui est fondamental pour le patient. En effet, quand ce dernier ne se sent pas reconnu dans la douleur de son corps, il génère une charge émotionnelle forte qui retentit avec des souvenirs conscients ou inconscients de son enfance et cela provoque une souffrance profonde qui peut s’amplifier avec des composantes neurologiques, voire psychologiques.

Toucher la zone douloureuse, c’est reconnaître la douleur, la cause, et cela « soulage » déjà un peu le patient.

Toutefois le toucher n’est pas une priorité dans le monde de la recherche médicale car ces techniques sont considérées comme chronophages et non-compatibles avec une médecine scientifique hautement technologique. Aussi, l’on préfère souvent se fier à l’imagerie plutôt qu’au toucher en se privant d’un outil non négligeable et naturellement accessible. C’est pour cela que cette part de l’acte de soin considérée comme mineure a été délaissée.

Si le nord de l’Europe intègre les thérapies manuelles dans le cursus des professionnels de santé, notamment les physiothérapeutes, ce n’est pas le cas du  sud de l’Europe, ce qui a pour conséquence une prise en charge absente ou restreinte de ces actes par la sécurité sociale, selon les classifications  propres à chaque discipline.

Mais une quinzaine de facultés de médecine françaises proposent aux médecins une formation spécifique, sanctionnée par un diplôme inter universitaire de médecine manuelle –ostéopathie.  Il est certes logique de privilégier les pratiques médicales telles que le traitement des urgences, la pose du bon diagnostic pour des maladies graves comme des cancers et la préconisation des thérapies optimales pour les traiter.

Mais en pratique courante, « dite de ville », les médecins généralistes sont confrontés à un grand nombre de pathologies fonctionnelles musculo-squelettiques qui peuvent bénéficier d’une prise en charge manuelle.

La prise en charge optimale d’un patient repose sur une équipe médicale et paramédicale où chacun trouve et prenne sa place en ayant comme lien un diagnostic commun.

Ce guide qui leur est destiné repose sur les fondements de  la médecine expérimentale, en référence à Claude Bernard. Le Professeur Jean Dubousset de l’Académie de médecine l’a d’ailleurs préfacé pour saluer cette démarche, même si l’évaluation de ces techniques est rendue complexe par le nombre de  paramètres en jeu (techniques manuelles reproductibles, diagnostics communs, validation de tous les paramètres…).