Bienvenue, Benvengut, Bienvenida, Benvenuto, Welcome

Tu ne me connais pas et pourtant, moi, je te connais

Tu ne me connais pas et pourtant, moi, je te connais (un peu): la Thérapeutique Manuelle a de ces bizarreries[1] ! Voilà quelques semaines, quelques mois, voire plusieurs années, tu as ressenti des douleurs dans le dos. Soit après un évènement traumatique bien déterminé, soit sans l’avoir consciemment identifié. Peut-être était-ce supportable au début et tu t’es dit « Cela passera avec le temps ». Et malgré ce que chantait ce cher Léo[2], rien n’y a fait : les douleurs ont persisté…

Itinéraire pathologique : Premières rencontres

Tu es donc allé voir ton médecin généraliste qui, avec le sérieux que je lui connais en réalisant son diagnostic, a écarté toute pathologie grave, avec peut-être à l’appui des examens sanguins et d’imagerie médicale. Ton corps scruté par rayonnement électromagnétique (visible et invisible) et analysé par des logiciels de traitement d’images dernier cri, a révélé, parmi un ensemble d’observations normales et pathologiques, la ou les structure(s) incriminée(s) et la ou les pathologie(s) associée(s). Le diagnostic est tombé : « machin truc de je ne sais quoi latéralisé à gauche ». Tu es d’un côté rassuré, car on a enfin mis un nom sur tes douleurs. Mais tu es aussi inquiet, car après avoir fait une recherche rapide sur ton moteur de recherche préféré ( ?… !), tu t’es trouvé face à un surplus d’informations plutôt négatives qui ont dépassé les capacités d’analyse et d’adaptation de ton néocortex[3] (dernier né dans l’évolution de ton cerveau). En parallèle et de manière inconsciente au début, ceci a généré en toi en lien avec ton cerveau émotionnel, un flux d’émotions (parcourant ton corps) et d’images (sur ton écran mental) plutôt négatives[4] faisant émergées une interrogation : « Et si c’était plus grave que prévu ? ». Tu as expiré un bon coup pour te calmer, et, ton cortex reprenant le dessus, tu as appelé dans la foulée ton médecin. Pour info, et peut être sans le savoir, en insistant sur l’expiration tu as favorisé l’activation nerveuse parasympathique[5] et donc la relaxation, c’est-à-dire un des premiers mécanismes d’auto-guérison de ton corps (apparu bien avant ton cortex), n’est-ce pas merveilleux ? Après t’avoir rassuré et mis en garde contre les dangers du net, il t’a orienté selon un parcours de soin classique : antidouleurs complétés le cas échéant par des séances de kinésithérapie et des conseils nutritionnels. Malgré tous ces soins et ton implication, la douleur a persisté. Tu es donc revenu voir ton médecin ; Mais ayant épuisé son arsenal[6]  thérapeutique, il t’a orienté vers un confrère des médecines alternatives et complémentaires. Sans doute un thérapeute spécialiste du corps d’obédience occidentale (ostéopathe, etc…), voire orientale (acupuncteur,…) Peut-être-t-a-t-il orienté vers nous, et dans ce cas je l’en remercie du fond du cœur pour nous faire confiance, et s’être ouvert à un art de soigner naturel (vieux de plusieurs millénaires et présent dans toutes les cultures sur cette planète) et basé sur le toucher[7]. Merci Docteur !

A moins que ce soit sur les conseils d’un ami, le hasard « Ecoute bien : Rien n’arrive jamais par hasard », ou la sérendipité[8] « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous »[9], qui à force de butiner t’a amené jusqu’ici ?

Ou bien tout simplement cet espoir qui brille encore en toi, et qui est, comme le montre bien Thierry Janssen : « au cœur du processus de la guérison ». Du coup, peu importe la raison du pourquoi tu me lis, si tu gardes espoir 🙂

Magie d’une rencontre ?

La Vie est pleine de surprises tu ne crois pas ? Observe : Nous qui ne nous connaissions pas il y a encore quelques minutes, voilà qu’elle nous met en relation, toi qui lit ce texte et moi qui l’ai écrit. Reste à nous rencontrer physiquement et faire que la magie opère pour que cette rencontre et nos actions mobilisent les capacités d’auto-guérison de ton corps, vu comme une unité « corps-esprit », car pas de dualisme ou de dichotomie[10] ici:-).

Je vais donc t’indiquer comment je vais te prendre en mains ou plutôt t’embrasser (dans le sens de prendre dans mes bras), peut-être cela te parlera et tu viendras me serrer la main ?

Prise en mains: Une vision globale

Je t’embrasse donc de manière globale c’est-à-dire que même si j’agis avec mes mains principalement sur la dimension physique de ton être (c’est-à-dire l’aspect biomécanique postural), je ne perds pas de vue que pour que tu retrouves la santé, il faut que cet équilibre postural t’accompagne vers cet état d’équilibre global, c’est-à-dire cette relation harmonieuse entre ton corps, tes émotions et tes pensées. Restons simple : sur le plan postural, ton corps est vu comme un système complexe[11] en tenségrité[12]. Qu’es aquo ? Imagine toi descendant d’un petit mammifère quadrupède nocturne et arboricole (lui-même descendant… on arrête là car ça fou le tournis)[13], qui s’est redressé pour on ne sait quelle(s) raison(s) il y a plusieurs millions d’années et qui doit coopérer en permanence avec cette force de gravitation invisible et ambivalente : D’un côté, elle te rassure en te permettant de garder les pieds sur Terre afin de te déplacer (alors que ton cortex t’amène je ne sais où ?) pour maintenir ta structure assez longtemps afin de te donner un maximum de chance de perpétuer ton espèce. De l’autre, elle t’accable en te forçant en permanence à revenir à quatre pattes ; Non pas pour sentir l’herbe fraîche (malgré le bonheur que ça peut procurer) et te ramener à un passé lointain, mais pour activer et régénérer ta structure, car elle en a besoin aussi pour perdurer. Heureusement, la nature a bien fait les choses : ton corps est particulièrement bien adapté à ton écosystème et elle t’a doté d’outils de régulation permettant de gérer au mieux tes actions en fonction des informations perçues par tes sens. Néanmoins, si des évènements physiques et/ou psycho-émotionnels perdurent et ne permettent pas à ton système nerveux de te faire agir efficacement sur ton environnement, des déséquilibres posturaux et troubles physiologiques peuvent apparaître : troubles liés à la perception des stimuli nerveux, altérations circulatoires (artères, veines, lymphatiques et liquide cérébro-spinal), atrophies/hypertrophies musculaires et remaniements osseux, etc…

Prise en mains: Agir Local, Penser Global

Pour identifier et traiter ces déséquilibres posturaux, j’essaie de suivre au mieux cette devise pleine d’espérance : « Agir Local, Penser Global », en essayant de rester éloigner de tout dogmatisme, car la complexité et l’incertitude (déséquilibre) règnent. C’est à la fois merveilleux et terrifiant : imagine, une action à un endroit peut avoir des répercussions sur le tout. Exemple : une action sur la peau peut agir sur un viscère qui interagit avec un muscle modifiant l’équilibre postural et ainsi l’adaptation de ton corps à la gravité. Autre aspect fascinant : cet équilibrage de la posture pourrait avoir des répercussions jusqu’au tissu conjonctif qui unit les cellules entre elles et par continuité le cytosquelette commandant les modifications biochimiques et génétiques au sein de chaque cellule de ton organisme… On est bien dans l’action locale avec une vision globale non ? J’en conviens, ça peut mettre la frousse et on peut aussi se perdre. C’est pourquoi j’ai à ma disposition des guides : mes mains bien sûr, combinées à des grilles de lecture (chaines musculaires, neuro-anatomie…) agencées en réseau, que j’essaie d’enrichir au fur et à mesure de mes recherches et pratiques.

Anamnèse : Remontons le temps

Pour remonter à l’origine de ton mal et savoir si je peux agir efficacement dessus, il nous faut remonter le temps pour tenter de comprendre et savoir qu’est-ce qui a fait que nous nous rencontrons aujourd’hui ? Pour cela, je vais te questionner (c’est-à-dire rappeler à ta mémoire : anamnèse) tout en observant tes réactions/attitudes corporelles. Certaines de mes questions pourront te paraître bizarres ou hors sujet mais il n’en est rien, car n’oublie pas qu’on cherche, comme dans une enquête policière, une cause : un nœud dans une  « pelote corporelle » ou un secret dans un coffre-fort… et ce qui est bizarre c’est que la plus part du temps tu sais que c’est le nœud  ou le secret qui pose problème mais tu ne sais pas exactement comment dénouer le nœud ou comment ouvrir le coffre… On va donc remonter ensemble le fil de la pathologie et je vais essayer de te proposer des clés les plus adaptées à toi et ta pathologie.

Attitude : Patient vs Thérapeute

Mais pour optimiser cette recherche, il va falloir que je rentre en relation avec toi par la porte que tu m’as ouverte, en espérant bien sûr que tu m’en as ouvert une:-). De mon côté, je dois aussi ouvrir mes portes de perception[14] et les synchroniser avec la tienne. Pour cela, il me faut accroître ma présence[15] thérapeutique nourrie d’une écoute bienveillante et remplie d’empathie. Car pour moi, sans cette présence, pas de conscience ni d’écoute et sans écoute pas de soins. L’équation est simple tu en conviens ?

C’est un travail d’équilibriste qu’il faut mener à deux au moins : Équilibre/dialogue entre présence et conscience, entre toi et moi, entre rationalité et intuition, entre nos personnalités protectrices et nos individualités créatrices, entre gauche et droite, entre avant et arrière, entre atrophie et hypertrophie, entre contraction et expansion, entre physiologie et pathologie. Équilibre/Dialogue qui doit mener vers une cohérence d’ensemble de ta pathologie. Dur labeur tu me diras mais le résultat n’en vaut-t-il pas la chandelle ?

Pour cela, l’attitude du patient est tout aussi importante que celle du thérapeute. Je me positionne donc dans une attitude d’humilité (consciente de mes limites et ouverte sur tout ce qui me dépasse) et de simplicité volontaire : attitude cohérente vis-à-vis du soin que je te propose et de mon PDF (Pensée, Dire, Faire). Le « premièrement ne pas nuire » est bien sûr de mise, à la fois en termes de maux et de mots. Malgré la souffrance, je te propose d’embrasser une vision optimiste (images/émotions positives), où tu vas devenir acteur de ta guérison, à partir des soins, explications que je vais te proposer. Car même si nous ne rencontrons pas physiquement, cette attitude face à la maladie et plus généralement dans la Vie est, comme le dit Thierry Janssen, « le médicament le plus puissant et le moins coûteux que l’être humain ait jamais eu à sa disposition ».

Le soin : Nouvelles rencontres

Une fois l’anamnèse établie, et différents tests (statiques et dynamiques) réalisés, cela va se jouer de corps à corps, un peu comme dans une danse de salon : parfois horizontal, parfois vertical, parfois à droite, parfois à gauche, parfois Tango[16], parfois Flamenco[17], mais toujours avec tact pour favoriser la libre circulation énergétique. La palette de techniques manuelles utilisées vise certaines zones spécifiques de ton corps : peau, fascia, muscle et son tendon, systèmes neuro-viscéral[18] et neuro-articulaire[19]. Les techniques exercées sont précises et adaptées: la main et le toucher à vocation intentionnelle ne sont pas posés au hasard. Le contact s’adapte à la profondeur de la localisation de ton trouble, au seuil de ta sensibilité et de ton état métabolique.

Le soin : Quelques conseils

Une fois le soin proprement dit effectué, je vais te donner des conseils posturaux d’auto-rééducation et/ou nutritionnels voire peut-être des exercices de respiration basés sur la cohérence cardiaque et/ou le Yoga. Car n’oublie pas que tu es acteur de ta guérison et que : « […] Trois minutes par jour rien que pour toi. Un bref instant d’intimité avec toi. Cela vaut sans doute autant (plus ?) que les assurances vie (je n’en ai pas) pour lesquelles nous travaillons sans prendre le temps de vivre » (Janssen, 2006). Peut-être envisagerons-nous de nous revoir une dizaine de jours après pour vérifier l’impact des manipulations et ton ressenti ? Peut-être d’autres séances seront nécessaires ? On pourra bien sûr travailler de concert avec d’autres professionnels de santé et de médecine alternative et complémentaire.

Est-ce que ça marche ?

Sur cette question (et je lis déjà ton impatience dans tes yeux) je suis désolé de te dire qu’il n’y pas de consensus car, comme souvent dans le domaine de la santé et d’ailleurs dans tout ce qui touche la connaissance, tout dépend du point de vue et donc du prisme ou modèle avec lequel on observe et dialogue avec l’objet de la connaissance. Si l’on prend celui de la science médicale occidentale classique, le référentiel sont les études cliniques menées en double aveugle (le patient ne sait pas qu’il reçoit le traitement et l’expérimentateur ne sait pas quel patient a bénéficié du traitement) sur des patients sélectionnés au hasard. Ce référentiel ne pouvant être réalisé en Thérapeutique Manuelle, c’est le serpent qui se mord la queue pour prouver « scientifiquement » les bienfaits ou pas de telle ou telle approche. Néanmoins, de nombreuses études sur le massage ont montré des effets positifs sur des patients atteints de migraines, fibromyalgies, brûlures graves, maladies inflammatoires, cancers métastatiques ou douleurs post-opératoires. Tu pourras trouver dans Janssen (2006), un ensemble de références bibliographiques. D’autre part, je t’ai mis un article très intéressant du magazine « ça m’intéresse », intitulé « Se soigner par le toucher ». Je ne manquerai pas de te fournir par la suite des informations à ce sujet via mes investigations.

Comment ça marche ?

Tu es un esprit curieux et tu as bien raison. Là encore, au vu des nombreux mécanismes mis en jeu, la question n’est pas complètement élucidée. On sait que la stimulation des mécanorécepteurs[20] de la peau, active certaines fibres nerveuses capables d’inhiber les influx douloureux par augmentation du taux de sérotonine[21] ou d’endorphines[22]. D’autre part, aborder l’individu dans sa globalité et attirer son attention sur ses capacités d’auto-guérison contribue sans doute à créer du sens, des émotions positives et une activation nerveuse parasympathique relaxante et réparatrice. D’autres explications physiologiques passionnantes basées sur les travaux autour de la tenségrité, de la « matrice vivante » ou d’équilibre du système nerveux autonome en lien avec des thérapeutiques anciennes et modernes te seront fournies, au grès de mes pérégrinations.

Pour continuer ce dialogue

J’espère que ces échanges avec toi ont fait sens et te décideront à nous rencontrer. Pour le moment je te laisse avec ces paroles de Václav Havel, fil conducteur de deux livres plein d’espérance de Thierry Janssen, eux-mêmes fil conducteur pour construire cet échange : « Avoir l’espoir ne veut pas dire que nous pensons que les choses vont se produire bien. Cela signifie simplement que nous pensons que les choses auront un sens. ».

Notes:

[1] Ce texte est une introduction générale sur un ton décalé de notre pratique détaillée sur le site, ainsi que du blog associé. Elle m’a été inspirée par une lettre de Jean-Pierre Radu adressée à un débutant du Yoga, lue dans un livre d’André Van Lysebeth : « Je perfectionne mon Yoga ». Elle commence par « Cher Ami, Tu ne me connais pas et pourtant, moi, je te connais ; le Yoga a de ces bizarreries ! …».

[2] Petit clin d’œil au poète anarchiste Léo Ferré. Pour la vidéo c’est ici. On peut se demander quelles émotions le traversaient au moment de cette interprétation ? On peut en partie y répondre en tentant de ressentir notre propre état intérieur pendant l’écoute…

[3] Ce terme sur le cerveau est tiré des travaux de Paul MacLean, professeur de physiologie et psychologie à l’université de Yale, qui dans les années 40, décrivit le cerveau humain comme  le produit d’un processus évolutif ayant abouti à la superposition de trois couches bien distinctes (triune brain) mais en interrelation: le cerveau reptilien (le plus ancien, composé entre autre du tronc cérébral et de l’hypothalamus), commun à tous les reptiles il est le « cerveau de l’action (réaction) automatique » associé au présent et à la survie; le système limbique (commun à tous les mammifères), il est considéré comme « le cerveau émotionnel » associé au passé et à la mémoire; le néocortex (commun aux grands primates et à l’être humain) fournissant les capacités de conceptualisation et de projection, il est associé au futur. Bien que cette structure ait permis, en interrelation avec les autres structures plus anciennes sous-jacentes, des bons évolutifs remarquables qui l’ont enrichi en retour, elle est aussi source de nombreuses souffrances (dans le sens où elle entraine souvent un état d’insatisfaction, d’instabilité et de non présence… car en permanence entrain de « mélanger / associer » les informations sensorielles en provenance du monde extérieur). Pour plus de détails, vous pouvez consulter les travaux avant-gardistes d’Henri Laborit sur le site (superbement développé par Bruno Dubuc. Encore Merci Bruno !), ceux d’Antonio Damasio (Damasio, 2003) ou bien d’autres références dans Janssen (2006 et 2008).

[4] Comme l’indique son étymologie latine « e-movere », l’émotion met le corps et la pensée en mouvement. L’historienne Sylvie Barnay dit qu’elle est « un fossile en mouvement ». Le neurobiologiste Antonio Damasio rappelle qu’elles sont au cœur du processus d’évolution et de décision qu’elle soit par stratégie de raisonnement et/ou intuitive. A ce propos, il précise un point qui peut paraitre anecdotique mais qui à mon avis ne l’est pas: le mot intuition se traduit en portugais par palpite, peut être en référence à la forme pulsatile des sensations et/ou en référence à ce que le l’on peut ressentir dans « l’espace du cœur » ? David Servan-Schreiber emploi la notion de « cerveau émotionnel » pour décrire le réseau neuronal « système limbique – cœur «  (cf. note suivante). L’émotion est avant tout un ensemble de sensations corporelles (plus ou moins conscientes, intenses et localisées) avant d’être une image puis une pensée. On distingue le plus souvent les émotions positives et négatives en lien avec les sensations corporelles et des modes de pensée distincts : le bonheur va de pair avec des images qui changent vite et auxquelles on prête peu d’attention alors que la tristesse s’accompagne d’une faible production d’images avec hyper-attention. On peut se demander d’ailleurs pourquoi l’évolution a conservé ces dernières puisque désagréables et capables a priori de générer des pathologies graves si elles durent ? Des travaux récents ont permis de répondre en partie en montrant qu’elles engendrent des réponses efficaces face à toute une série de problèmes de survie, et présentent donc un avantage évolutif manifeste. Les émotions positives quant à elles favorisent le développement de la personnalité, l’invention de nouvelles solutions et renforcent les liens sociaux. Elles sont donc un atout majeur pour surmonter les moments difficiles et l’angoisse du lendemain ainsi que de puissants outils de guérison. De plus, des études récentes ont montré une gestion émotionnelle asymétrique du cerveau et plus précisément d’une zone spécifique du cortex appelé cortex préfrontal : les émotions positives/négatives induisent une activité prédominante du cortex préfrontal gauche/droit, sans doute en lien avec une répartition asymétrique des neurotransmetteurs (dopamine plus concentrée à gauche et noradrénaline/sérotonine à droite) assurant la communication à l’intérieur du cerveau (Damasio, 2003 ; Janssen, 2006 et 2008).

[5] La relation la plus importante entre le cerveau émotionnel (dont on a parlé juste avant) et d’autres organes comme le cœur ou les viscères est assuré par ce que l’on appelle le « système nerveux autonome ou végétatif ». Pour résumer, on divise le système nerveux en deux systèmes : le système cérébrospinal (composé notamment du cerveau) qui règle les relations avec le monde extérieur et préside la vie psychique et affective ;  le système autonome ou végétatif qui régule les mécanismes du monde intérieur (motricité des vaisseaux, viscères, sécrétion des glandes, trophicité des tissus et sensibilité viscérale). Ce système est constitué de deux branches qui innervent chacune les organes du corps : la branche dite « orthosympathique ou sympathique » (racine latine qui signifie « être en relation » parce que les racines de ces nerfs sont en relation avec la moelle épinière tout le long de la colonne vertébrale) qui contrôle les réactions de combat et de fuite ; la branche dite  « parasympathique » (qui émerge aux deux extrémités de moelle épinière mais dont la partie principale « le nerf vague » provenant du tronc cérébral passe le long de la moelle épinière pour innerver les viscères)  qui engendre les états de relaxation et de calme.

Pour insister sur l’importance de ce système qui tient une place particulièrement importante dans notre pratique, je vais rendre hommage à deux hommes que je n’ai pas physiquement connus mais pour qui j’éprouve une certaine « amitié ». D’abord, un chirurgien toulousain : le professeur Guy Lazorthes (Lazorthes, 1981). Je le cite : « […] Le système sympathique [l’ensemble du système nerveux autonome] est l’élément fondamental du système nerveux. Il n’a aucune subordination vis-à-vis du système cérébro-spinal. Il est le plus ancien dans l’ordre ontogénique [évolution de l’individu] comme dans l’ordre phylogénique [évolution de l’espèce] ; son entrée en fonction est antérieure à celle du système cérébrospinal : le plexus viscéral précède le cerveau… Il exerce son action sur tout l’organisme, aussi bien dans le domaine somatique que dans le domaine viscéral. L’action du système cérébrospinal est, au contraire, limitée aux éléments moteurs et sensibles du soma [corps]. Il régit les phénomènes vitaux au niveau cellulaire et tissulaire autant que viscéral. Associés aux endocrines [glandes qui sécrètent des hormones dans la circulation sanguine], il règle la plupart des grandes fonctions (tension artérielle, etc…), intervient dans la défense aux agressions, maintient la constance de notre milieu intérieur (Cl. Bernard) ou homéostasie (Cannon). Au vieil adage « L’homme a l’âge de ses artères », on peut substituer, comme R. Leriche le propose, «L’homme a l’âge de son végétatif ». […] »

Au vu de ces déclarations, on ne peut sous-estimer ce système et toute solution naturelle qui permettrait de l’influencer « positivement » serait un bienfait pour l’humanité… Et ce n’est pas parce qu’il est autonome qu’on ne peut pas interagir avec lui (autonomie ne signifie pas indépendance) : les approches comme le Yoga, le Tai-chi-chuan, le Qi-gong incluant les techniques de respiration (basée sur la cohérence cardiaque ou autres) ainsi que la méditation permettent d’influencer l’état de ce système et donc d’accéder à des processus d’autoguérison encore trop souvent sous-estimés et sous-exploités en occident. Il en est de même des techniques manuelles (même si de nombreux mécanismes sont encore inexpliqués) qui agiraient comme de véritables activateurs ou inhibiteurs de ce système. Hommage ici est rendu à David Servan-Schreiber qui a permis de faire redécouvrir de nombreuses techniques naturelles dans le milieu médical et auprès de milliers de patients et thérapeutes, merveilleusement décrites dans son livre « Guérir » (Servan-Schreiber, 2003). Merci à vous deux !

[6] Il m’arrive parfois au grès des intuitions de chercher une étymologie. Je vous donne celle-là : De l’arabe « dâr as-sinâ » (« maison de l’ouvrage », « manufacture ») via l’ancien vénitien « arzana ». On peut se poser la question de cette évolution du mot dans l’espace et dans le temps, partant de « manufacture » on arrive à une « profusion d’outils » en passant par « chantier naval » ou « dépôt d’armes »…

[7] Le tact est le premier des sens à apparaitre au cours de l’évolution et le passage du tact au toucher s’est fait comme un phénomène analogue à celui observé pour les sensibilités visuelle et auditive. La photosensibilité, d’abord distribuée sur toute la surface du corps chez les premiers êtres, s’est ensuite concentrée dans l’œil. La sensibilité aux ondes sonores, d’abord étalée sur la ligne latérale, s’est localisée dans l’oreille. La sensibilité tactile, étendue à tout le revêtement cutané, atteint sa perfection dans la main (Lazorthes, 1986). Des études ont montré que la densité et la forme des cellules régule leur prolifération. Ainsi, en cas de blessure, les cellules très aplaties sentent à travers leur cytosquelette la nécessité de se multiplier en grand nombre pour cicatriser la plaie. Cela confirme que le tact et la kinesthésie (perception de la position et du mouvement) sont les premières sensations déjà présentes au niveau unicellulaire et communes à tous les organismes vivants (Margulis et Sagan, 1989).

[8]  Néologisme créé par calque de l’anglais « serendipity ». On restera ici sur une définition générale de Sylvie Catellin (2007) qui nous pousse à rester vigilants et présents à ce que l’on fait: « Art de prêter attention à ce qui surprend et d’en imaginer une interprétation pertinente ».

[9] Paul Eluard cité par Henri Gougaud (Gougaud, 2009).

[10] En tant que Thérapeute manuel, nous faisons partie de ce que l’on appelle aujourd’hui les thérapies alternatives et complémentaires qui considèrent l’être humain dans sa globalité c’est-à-dire composé de quatre dimensions: physique, émotionnelle, intellectuelle et spirituelle. Pour elles, la santé est définie comme un état d’équilibre entre le corps, les émotions et les pensées d’un individu. L’approche est dite globale ou holistique très différente de celle à laquelle les mentalités occidentales sont habituées depuis Aristote et surtout René Descartes (mais l’a-t-il réellement souhaité ?). Ce dernier a laissé une forte empreinte en Europe et notamment en France. Ce « grand paradigme d’occident » comme dit Morin (Morin, 2000) disjoint le sujet et l’objet, avec pour chacun sa sphère propre, la philosophie et la recherche réflexive ici, la science et la recherche objective là. Ce paradigme détermine une double vision du monde, en fait un dédoublement du même monde : d’une part, un monde d’objets soumis à expérimentations, observations, manipulations ; d’autre part, un monde de sujets se posant des problèmes d’existence, de communication, de conscience, de destin. En opérant cette séparation en deux entités indépendantes ou dualisme corps-esprit, Descartes et à sa suite les philosophes des Lumières ont favorisé l’émergence d’une vision morcelée de la Vie en général et de l’humain en particulier, où le corps est décrit comme une mécanique précise, logique et séquentielle où chaque élément est étudié séparément des autres mais aussi de l’environnement qui l’englobe. En médecine, ce réductionnisme a permis d’immenses progrès mais est aussi à l’origine d’une crise majeure (sociale et écologique) où le patient tend à être réduit à une somme de résultats d’analyse, entraînant surconsommations d’examens et de traitements et négligeant les capacités d’auto-guérison de l’organisme (Janssen, 2006). Entre la vision purement cartésienne dualiste (qui étudie la « matière ») et la vision non dualiste dite spirituelle (qui s’intéresse à « l’esprit ») s’ouvre une possibilité : celle de la vision systémique ou de la pensée complexe qui permet de faire dialoguer ces deux visions a priori opposées.

[11] Pour la science de la complexité, le corps est vu comme un système ouvert qui échange en permanence la triade matière, énergie, information avec son environnement et les différents éléments qui le constituent. Cette échange permet de maintenir ce système loin de l’équilibre thermodynamique signe d’arrêt et de fin de vie. Nous ne rentrerons pas ici dans les détails de cette approche avec les notions telles que niveau d’organisation, boucle de rétroaction, rétrocontrôle positif ou négatif… De manière générale, elle est pour nous la science du lien ou des interactions (quel que soit l’objet d’étude) et du coup un précieux outil de compréhension et de dialogue, dialogue à la fois interdisciplinaire mais aussi dialogue entre les a priori contraires nés de la pure dualité. Pour plus de détails, vous pouvez consulter par exemple : Morin (2000 et 2005) et Capra (2003 et 2004).

[12] En anglais, vient de la contraction de tensile integrity ; mot inventé par le génial concepteur des dômes géodésiques, l’architecte Richard Buckminster Fuller pour décrire la faculté d’une structure à se stabiliser mécaniquement par le jeu des forces de tension et de compression qui se répartissent entre les différents éléments qui la composent. Un système en tenségrité est donc auto-équilibré, dynamique, flexible et résistant : l’accroissement de la tension sur l’un des éléments est transmis sur tous les autres, y compris les plus éloignés. Face à la force de gravité, la tenségrité offre la plus économique en termes de légèreté et de robustesse. Il n’est donc pas étonnant de voir ses principes s’appliquer à toutes les échelles du vivant : au niveau microscopique (double hélice de l’ADN et configuration des protéines), cellulaire (réseau de microfilaments et microtubules formant un squelette intracellulaire : le cytosquelette connecté au tissus conjonctif extracellulaire – fascias- par les protéines transmembranaires) et macroscopique (206 os comprimés par la force de gravité et stabilisés dans position verticale grâce à la tension de la peau, des fascias, muscles, tendons et ligaments). De fait, le moindre raccourcissement ou raidissement diminue la capacité du corps à absorber les pressions et déformations. De plus, une blessure localisée à un endroit favorise l’apparition d’autres lésions à distance. Ainsi l’équilibrage de la posture n’agirait pas seulement sur les nerfs, les vaisseaux et les viscères mais aussi sur le tissu conjonctif qui unit les cellules entre elles et par continuité le cytosquelette commandant des modifications biochimiques et génétiques au sein de chaque cellule de l’organisme.

[13] La biologiste Lynn Margulis emploie l’expression « communauté ambulante de bactéries » particulièrement parlante pour expliquer que l’homme ne constitue pas une discontinuité dans le cheminement général de l’évolution […] pas plus que la pensée humaine – dernier refuge des tenants de la « supériorité » humaine – ne peut s’isoler ou se dissocier des réalisations de la vie qui l’ont précédées. Malgré l’ancienneté du livre (presque 30 ans), les hypothèses avancées sont particulièrement percutantes et nombreuses sont celles qui ont été validées et enrichies depuis (Margulis et Sagan, 1989 ; postface de 2002). Ce livre est un véritable hymne à l’humilité de la symbiose biosphérique, écrit par deux scientifiques de haut niveau en avance sur leur temps.

[14] En référence à une citation du poète mystique et visionnaire anglais William Blake : « Si les portes de la perception étaient nettoyées, toute chose apparaitrait à l’homme telle quelle est, infinie ».

[15] Je ne peux ici que suggérer la lecture d’un livre particulièrement éclairant (un de plus désolé…) à la fois en terme thérapeutique mais aussi comme pratique quotidienne: Tolle (2000).

[16] Honneur au toulousain Carlos Gardel, lien entre Buenos Aires et Toulouse…

[17] Honneur à la culture gitane, lien entre Inde et occident…

[18] On en a déjà parlé avec le système nerveux autonome ou végétatif (parasympathique et sympathique).

[19] Ce sont les nerfs moteurs et sensitifs qui relient la moelle épinière et les articulations (disposés de manière segmentaires tout le long de la moelle épinière) mais aussi les mécanorécepteurs articulaires au niveau des capsules articulaires et des ligaments.

[20] Terme générique pour désigner des neurones sensoriels sensibles aux déformations mécaniques et donc à différents stimuli biophysiques (Wikipedia). J’y reviendrai dans une prochaine lettre.

[21] Neurotransmetteur dans le système nerveux central et surtout dans le tube digestif (la majeure partie est synthétisée dans l’intestin) ainsi qu’un autacoïde (hormone locale) libéré par certaines cellules du tube digestif et des plaquettes sanguines (Wikipedia). Elle est impliquée dans la régulation des rythmes circadiens (rythmes biologiques de 24h), dans le maintien du sang à l’intérieur des vaisseaux (hémostase), dans la motilité digestive et dans divers états d’angoisse tels que stress, anxiété, phobie, dépression. C’est à ce niveau que les médicaments comme le Prozac® exercent leur action, en augmentant artificiellement (par inhibition de la recapture de la sérotonine au niveau des fentes synaptiques des neurones) les taux de sérotonine.

[22] Neuropeptide opioïde endogène, c’est-à-dire un peptide (molécule comprenant au moins deux résidus d’acides aminés reliés par une liaison dite peptidique CO-NH) agissant comme un neurotransmetteur agissant sur les récepteurs opiacés (sans être chimiquement apparenté aux composés de l’opium). Les endorphines sont sécrétées par l’hypophyse et l’hypothalamus (donc de la partie la plus ancienne de notre cerveau, le cerveau reptilien) chez les vertébrés lors de l’activité physique intense (excitation, douleur, orgasme). On les retrouve entre autres dans le cerveau, la moelle épinière et le tube digestif. Comme les opiacés, elles ont une capacité analgésique et procurent une sensation de bien-être voire d’euphorie (Wikipedia).

Bibliographie incomplète mais inspirante:

Frijtof Capra, La Toile de la vie. Une importante interprétation scientifique des systèmes vivants, Éd. Du Rocher, 2003.

Frijtof Capra, Les Connexions invisibles, Éd. Du Rocher, 2004.

Sylvie Catellin, Sérendipité : Du conte au concept, Éd. Seuil, Coll.: Science ouverte, 2014.

Bruno Conjeaud, Voyage ostéopathique au cœur des émotions, Éd. Sully, 2015.

Guy Corneau, Le meilleur de soi, Éd. Robert Laffont, 2007.

Antonio R. Damasio, Spinoza avait raison : Joie et tristesse, le cerveau des émotions, Éd. Odile Jacob, 2003.

Henri Gougaud, Le livre des chemins, Éd. Albin Michel, 2009.

Thierry Janssen, La solution intérieure, Éd. Fayard, 2006.

Thierry Janssen, La maladie a-t’elle un sens ?, Éd. Fayard, 2008.

Henri Laborit, La nouvelle grille, Éd. Robert Laffont, 1974.

Henri Laborit, Eloge de la fuite, Éd. Robert Laffont, 1976.

Henri Laborit, La légende des comportements, Éd. Flammarion, 1994.

Guy Lazorthes, Le système nerveux périphérique, Éd. Masson, 1981.

Guy Lazorthes, L’ouvrage des sens, Éd. Flammarion, 1986.

Lynn Margulis et Dorion Sagan, L’univers bactériel, Éd. Albin Michel, 1989.

Edgard Morin, Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, Éd. Seuil, 2000.

Edgard Morin, Introduction à la pensée complexe, Éd. Seuil, 2005.

Laurier-Pierre Desjardins, Principes de Yogathérapie, Éd. Sully, 2014.

David Servan-Schreiber, Guérir, Éd. Robert Laffont, 2003.

Eckhart Tolle, Le pouvoir du moment présent, Éd. Arianes, 2000.

André Van Lysebeth, Je perfectionne mon Yoga, Éd. Flammarion, 1973.